aris, le 28 avril 2026 - Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques internationales, la hausse des coûts de l’énergie — qui se répercute directement sur les prix des transports, notamment aériens — et une pression inflationniste durable, Alliance France Tourisme publie, avec l’Ifop*, une enquête sur les intentions de départ des Français pour l’été 2026. Les vacances restent un moment désiré, mais leur représentation évolue : moins tournées vers l’évasion lointaine et l’exposition, elles s’inscrivent davantage dans une logique de proximité, de sobriété et de recentrage.
L’été 2026 confirme un net ralentissement des départs. 68% des Français prévoient de partir au moins une semaine, soit une baisse de 9 points par rapport à 2025 (77%). Plus encore, seuls 37% se déclarent certains de partir, contre 50% l’an dernier, traduisant une montée de l’incertitude.
Ce recul s’inscrit dans un double contexte : d’une part, les tensions internationales, qui influencent les choix de destination et renforcent les comportements de prudence ; d’autre part, la hausse des coûts, en particulier ceux des transports, sous l’effet du renchérissement des carburants.
Les inégalités d’accès aux vacances demeurent marquées : 84% des catégories aisées envisagent de partir, contre seulement 58% des catégories modestes, confirmant que le départ en vacances devient un marqueur social de plus en plus structurant.
Des vacances sous contrainte budgétaire, financées avant tout par l’épargne
La contrainte budgétaire se renforce nettement en 2026, avec un basculement vers les tranches les plus basses. 35% des Français prévoient un budget inférieur à 1000€ (vs 31% en 2025), tandis que 38% se situent entre 1000€ et 2000€ (vs 33% l’an dernier). À l’inverse, les budgets les plus élevés reculent : 11% des Français envisagent de consacrer plus de 3000€ à leurs vacances, (vs 15% en 2025).
Le budget moyen s’établit ainsi à 1530€, en baisse d’environ 150€ en un an, confirmant un resserrement global des capacités de dépense.
Surtout, un enseignement structurant se dégage : 86% des Français financent leurs vacances par leur épargne, tandis que les autres modes de financement restent marginaux (chèques vacances pour 22%, aides ou crédit à des niveaux très faibles). Les vacances reposent désormais principalement sur les ressources propres des ménages, ce qui accentue mécaniquement les inégalités d’accès. Face à ces contraintes, les stratégies d’adaptation se multiplient : 51% des Français prévoient de réduire leur budget vacances, en agissant d’abord sur la durée ou la fréquence des séjours (61%), les dépenses sur place (60%) et la recherche d’offres moins coûteuses (47%).
Couts des transports et recherche de sécurité : un recentrage vers la France
Dans ce contexte, les Français privilégient des destinations accessibles et perçues comme sûres : 71% choisissent la France (+3 points par rapport à 2025), contre 23% l’Europe et seulement 9% des destinations lointaines.
Ce recentrage s’explique à la fois par la hausse des coûts de transport — directement liée à celle des carburants — et par une recherche de sécurité dans un environnement international instable. Logiquement, les modes de transport reflètent cette évolution : 68% des Français utilisent leur véhicule personnel, tandis que 24% prennent l’avion, en recul logique, et 18% le train, un niveau stable. Le tourisme domestique s’impose ainsi comme une valeur refuge dans un contexte incertain.
Hébergement touristique : repli domestique et montée des solutions non marchandes
Les choix d’hébergement traduisent une recomposition du modèle touristique, sous l’effet combiné des contraintes de pouvoir d’achat et d’un contexte international incertain favorisant le recentrage vers la France.
Si les locations saisonnières demeurent élevées (43%), leur dynamique apparaît plus contrastée, avec un recul du recours aux plateformes comme Airbnb (-4 points par rapport à 2025), dans un environnement marqué par des arbitrages budgétaires plus stricts et un encadrement réglementaire renforcé des meublés touristiques.
Dans le même temps, le recours à l’hébergement gratuit progresse fortement, traduisant un repli vers des solutions de proximité : il passe de 22% à 32% pour les courts séjours, et de 20% à 31% pour les longs séjours. Cette évolution s’accompagne d’un retour marqué vers des formes d’hébergement plus accessibles, comme le camping, en forte progression (17% à 27%).
Ce triple mouvement – recul relatif des plateformes, montée du non-marchand et développement d’hébergements économiques – traduit des arbitrages de plus en plus contraints entre coût, proximité et sécurité, et signale un déplacement d’une partie de la consommation touristique hors du champ marchand.
Intentions de départ et organisation : des aspirations intactes, mais sous contrainte
Les vacances continuent d’incarner un moment attendu et nécessaire. Les Français associent toujours fortement cette période à des dimensions positives : 48% expriment un besoin de “prendre l’air” et 47% évoquent un sentiment de bonheur.
Mais ces aspirations coexistent avec des signaux de fragilisation. 19% mentionnent des contraintes budgétaires, tandis que 18% déclarent que les vacances ne leur évoquent rien de particulier, soit un niveau en forte hausse par rapport à 2025, traduisant une forme de banalisation ou de renoncement latent pour une partie de la population.
Dans un environnement instable, les vacances oscillent ainsi entre nécessité psychologique et incertitude économique.
Vacances et numérique : vers un usage plus sobre et plus intime
Les comportements numériques évoluent également. Les vacances apparaissent de moins en moins comme un moment d’exposition sur les réseaux sociaux : 28% des Français privilégient une déconnexion totale, tandis que 24% partagent uniquement dans un cercle restreint. Seuls 18% publient activement leurs vacances, une pratique qui reste davantage le fait des plus jeunes. Les vacances redeviennent un espace de respiration, y compris numérique.
Dans ce contexte, Dominique MARCEL, Président de l’Alliance France Tourisme souligne : « Cette étude montre qu’il n’y a pas d’effondrement des intentions de départ des Français, qui restent très attachés aux vacances, mais que les premiers effets de la situation actuelle commencent à se faire sentir, sous l’effet conjugué des préoccupations de sécurité et du renforcement des contraintes budgétaires. Elle met en évidence que ces contraintes pèsent désormais de manière plus marquée dans les choix de vacances. Dans un contexte de tensions internationales et de hausse des prix, notamment énergétiques, le recours croissant à l’épargne des ménages en constitue un signal tangible. Cette évolution appelle à repenser les leviers d’une politique touristique à la fois ambitieuse et inclusive, capable de préserver l’accès aux vacances pour tous tout en soutenant une industrie stratégique pour notre économie. »
* Étude Ifop pour Alliance France Tourisme menée auprès de 1 002 personnes représentatives de la population française, interrogées en ligne du 17 au 20 mars 2026.
