• Alliance France Tourisme

La contribution positive de l’économie touristique à la balance des paiements de la France



Avec la normalisation progressive de l’activité économique, la balance française des paiements est apparue plus rassurante ces derniers mois, abstraction faite du lourd déficit concernant les « biens ». Si les premiers mois de 2022 affichent un déficit global, la balance des services, en particulier dans le tourisme, continue de limiter l’ampleur de ce dernier. Malgré un contexte compliqué pour l’aéronautique, traditionnel moteur pour la France, le tourisme revient, en effet, en force dans l’économie française. Il est désormais indéniable que les exportations touristiques réalisées sur le territoire contribuent grandement à la bonne santé et au rebond de l’activité économique de la France au sortir d’une crise inédite et ce, malgré un contexte incertain, comme en attestent les chiffres de l’INSEE faisant état d’un meilleur rebond qu’attendu du PIB français au second trimestre, porté en grande partie par les transports et les dépenses des voyageurs étrangers en France1.


Le tourisme, un actif précieux et essentiel pour la balance des paiements en 2022


Après un déficit historique enregistré en 2020 en raison de la crise sanitaire, le compte des transactions courantes de la France était revenu dans le vert en 2021 avec un excédent de 9 milliards d’euros. Les échanges de services et les revenus des actifs français investis à l’étranger ont couvert le déficit record du commerce extérieur de biens et sont devenus les moteurs de la reprise, alors que le déficit des échanges de biens continuait de se creuser (-67,4 milliards), et ce, principalement à cause d’une facture énergétique en hausse (-41 milliards) dès 2021.


Si au premier trimestre 2022, le compte des transactions courantes affichait de nouveau un déficit de 1,1 milliard d’euros en raison d’un déficit commercial en biens ayant atteint un niveau inédit de 71 milliards d'euros, celui-ci a pu, toutefois, être limité par l’excédent des services, tout particulièrement ceux des voyages et des transports dont la contribution nette au premier trimestre 2022 (T1 2022) s’est élevée à respectivement +3 et +6,5 milliards.


Au deuxième trimestre 2022 (T2 2022), le déficit des transactions courantes a plongé à 8,6 milliards d'euros, soit une dégradation de 7,5 milliards par rapport au premier trimestre déjà déficitaire. Le solde des échanges est en effet plombé par une facture énergétique qui flambe et un déficit des produits manufacturés qui se creuse.


Solde des transactions courantes et ses composantes (milliards d'euros, cvs-cjo)

Les prévisions du troisième trimestre 2022 (T3 2022) indiquent que le déficit des transactions courantes se creuse, atteignant 13,8 milliards d’euros, soit une altération supplémentaire de 6,3 milliards d’euros relativement au deuxième trimestre. Lors de ce trimestre à nouveau, le déficit est alourdi par l’énergie : en effet, la France, qui devait déjà faire face à des difficultés énergétiques depuis le début du conflit en Ukraine, voit sa facture augmenter au cours de l’été suite aux dégradations du Nord Stream. Cependant, la progression du déficit du compte des transactions courantes est ralentie par le secteur tertiaire, plus résilient face à la crise énergétique lors de ce troisième trimestre.


Dans le contexte actuel, la défense de la balance des paiements de la France passe donc plus que jamais par la contribution positive de ses services, en particulier de ses services touristiques. Au premier semestre, les services dans leur ensemble affichent ainsi un excédent « historique » de 34 milliards d'euros, soit 11 milliards de plus qu'en 2021 à la même période. Cela s’explique notamment par le retour des touristes étrangers dans l'Hexagone, qui a considérablement soutenu l'activité économique au printemps. L'excédent des services progresse ainsi à 18,3 milliards d'euros au T2 2022, après 15,3 milliards au T1, dont +12 milliards attribués aux services de voyages et de transports au T2 2022, après +9,5 milliards enregistrés au T1. Au T3 2022, les services devraient atteindre un excédent de 12,8 milliards d’euros, portés une fois de plus par les services de tourisme générés par les visiteurs non résidents2 et de transports qui, cumulés, afficheraient un excédent de 6,8 milliards d’euros.


Il convient de souligner qu’en 2021 et ce, malgré un certain nombre d’obstacles importants, l’excédent des échanges de services « voyage+transport » n’avait cessé d’augmenter depuis le deuxième trimestre (7,5 puis 10,5 au T3 2021, 12,7 au T4 2021) pour atteindre un niveau exceptionnel de 26,4 milliards d’€ sur l’ensemble de l’année.


Pour 2022, la contribution positive des transports est soutenue par le fret de marchandises, lui-même alimenté par l’inflation. Mais si lors des deux premiers trimestres de 2022, la branche « voyages » demeurait encore en-deçà de ses niveaux d’avant-crise, celle-ci devrait dépasser son niveau de 2019 au cours du troisième trimestre avec un excédent de 4,3 milliards d’euros, montrant l’apport positif indéniable du tourisme dans l’économie française.


Un secteur et des sous-jacents résilients


Après avoir été fortement touché par les conséquences de la crise sanitaire, le secteur s’est donc relevé et affiche depuis 2021 et surtout le deuxième trimestre 2022 des performances solides et en hausse, qui devraient se maintenir au troisième trimestre 2022. L’attrait touristique de la destination France rayonne toujours auprès des clientèles étrangères et la crise a mis en lumière la capacité d’adaptation et de rebond du secteur. Il est aujourd’hui incontestable que la France possède une image de marque indéniable lui permettant de renforcer l’actif national des exportations.


Au vu de l’excellente saison touristique de cet été et des solides perspectives pour l’automne, le secteur des services devrait continuer de renforcer sa contribution excédentaire à la balance des paiements lors du dernier trimestre de l’année 2022, même si celle-ci ne sera probablement pas suffisante pour contrebalancer le déficit entrainé par les biens et l’énergie.


Mais des obstacles conjoncturels et structurels à surmonter


Le secteur pâtit encore, toutefois, de freins conjoncturels et structurels qui empêchent une reprise sereine et durable, tandis que les pouvoirs publics reconnaissent qu’il représente un potentiel de croissance à ne pas négliger.


En effet, l’environnement économique toujours difficile qui résulte notamment du contexte de guerre en Ukraine, des fortes tensions sur le marché des matières premières, de la hausse du coût de l’énergie et de l’inflation frappe le secteur des voyages.


S’ajoute à cela une pénurie de main d’œuvre sans précédent qui révèle des fragilités structurelles inquiétantes susceptibles de remettre en cause la qualité de service et donc la compétitivité de la filière, un manque de lignes aériennes qui freine la reprise globale du secteur, des capacités d’investissement obérées par les difficultés de remboursement des PGE qui engendrent une forte inquiétude des professionnels, la résurgence de tensions importantes sur l’acceptabilité sociale et environnementale du tourisme, un contexte géopolitique très incertain et enfin, un regain significatif et croissant de la concurrence : les compagnies du Golfe dans l’aérien, l’ouverture à la concurrence dans les transports ferroviaires, les opérateurs américains et chinois en pleine conquête de parts de marché en hôtellerie…


Néanmoins, les performances sont tirées par de nouveaux marchés


La reprise du tourisme s’explique par la position de la France comme une destination privilégiée du « revenge travel », après plusieurs trimestres de frustration de la demande internationale de voyages.


Ainsi, malgré des clientèles asiatiques ou russes encore plus rares qu’avant-crise ou encore les incertitudes quant à la guerre en Ukraine, le secteur est revenu à l’équilibre en 2022 et contribue de plus en plus positivement à l’excédent de la balance des services de la France.


Évolution du CA hôtelier entre janvier 2020 et août 2022*, par rapport au même mois en 2019


Si le tourisme intra-européen en 2021 dominait l’activité du secteur des services de voyages, en 2022 les touristes étrangers plus lointains et notamment américains sont de retour dans l’Hexagone. Ces derniers, plus contributeurs que les clientèles domestiques, ont tout particulièrement soutenu le segment haut de gamme qui a redécollé et affiche depuis quelques mois des performances supérieures à l’avant-crise. Ce changement de clientèle a particulièrement contribué à soutenir l’activité économique dès le printemps. Preuve que le voyage et les vacances restent un désir très ancré dans notre société.


Comme le montre le solde des échanges en 2019 (v. le tableau ci-après), cette attractivité internationale habituelle de la destination France se traduit aussi, en matière de balance des paiements, par des excédents de la filière voyage vis-à-vis de nombreux partenaires-clés, et tout particulièrement de ceux avec lesquels la France présente un déficit global (Allemagne, Chine, Europe du Nord, etc.). La filière tourisme apparaît donc comme un levier incontournable pour tendre vers un équilibre et réduire les déficits de la balance des transactions courantes.


Solde pour la France en 2019 des échanges de biens & services par pays et contribution de la filière des services du voyage*

*Note méthodologique : l’année 2019 est désignée comme la dernière année de référence dans la filière touristique, le tourisme international ayant été trop lourdement impacté par la crise sanitaire au cours des années 2021 et 2020 pour que ces périodes soient probantes. Le solde des échanges de biens & services et le solde des services de voyages en 2022 devraient se rapprocher de leurs niveaux en 2019.


L’année 2019 étant la dernière année de référence avant la crise sanitaire, les niveaux de celles-ci pourraient apporter une indication sur le niveau de « normalisation » attendu pour l’année en cours.


Par ailleurs, le potentiel retour dans les mois à venir des clients des derniers marchés-sources qui manquent encore à l’appel (Asie par exemple) pourrait compenser la baisse de pouvoir d’achat des touristes français.


Dans les mois à venir, la tension sur le pouvoir d’achat des Français pourrait les inciter à privilégier les destinations de proximité et nationales. Des effets de reports sont à attendre, notamment sur les filières para-hôtelières et alternatives tels que le tourisme de proximité, l’hôtellerie de plein air, les gîtes, le tourisme rural, le cyclotourisme, etc.


L’excédent apporté par le tourisme à la balance des paiements semble ainsi appeler à prendre de l’ampleur, pourvu, toutefois, que toutes les conditions soient réunies.


Dans ce cadre, le tourisme, qui contribue de manière positive dans la balance des paiements (exportations réalisées sur le territoire) apparaît véritablement comme un actif précieux et intangible, en termes de marque, jouant un rôle-clé d’amortisseur pour l’économie française dans cette période d'incertitude.


Il devient donc primordial que la France améliore le positionnement de son offre servicielle et touristique : le potentiel s’oriente désormais davantage vers le haut de gamme long courrier et le tourisme régional accessible aux clientèles domestique et européenne.


1INSEE https://www.insee.fr/fr/statistiques/6523838


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