• Alliance France Tourisme

Edito - Alain Calmé, PDG de European Camping Group / Homair



Le tourisme est le secteur le plus déstabilisé par l’épidémie de Covid 10 qui déferle sur la France depuis le printemps dernier.


Nos activités ont particulièrement souffert des multiples limitations touchant aux déplacements, et des restrictions imposées à toute activité liée à la rencontre, aux loisirs, et disons-le, à la douceur de vivre qui est l’image même de la France.


En ce mois de mars, les établissements du secteur de l’hôtellerie de plein air sont en fermeture saisonnière et doivent rouvrir en avril : En aurons-nous le droit ? Et pour quelle clientèle, avec quel chiffre d’affaires ?


La recherche médicale n’a pas encore de solution à proposer. Les pouvoirs publics, pour leur part, louvoient tant bien que mal entre le risque de bloquer l’économie et celui de laisser l’épidémie se propager sans contrôle. Comment faire face à cet environnement sans précédent ?


Tout d’abord, acceptons la réalité de cette crise : elle va durer.


Il a été frappant de voir comment l’arrivée de la 2e vague a semblé prendre tout le monde par surprise, alors même que les praticiens hospitaliers l’annonçaient depuis le mois d’aout. N’espérons pas retrouver une situation normale : ni en avril, ni en juillet.


Ensuite préparons, pour nos clients comme pour nos salariés, des mesures de protection encore plus étendues.


Alors que des Cassandre irresponsables annoncent déjà la « 3e vague », il appartient au contraire, à nos entreprises et aux pouvoirs publics, d’anticiper des mesures fortes pour juguler ce virus : le confinement général n’est pas une fatalité ! Il n’est pas la seule solution !


En mars et avril dernier, le monde du tourisme a réagi avec une agilité et un professionnalisme exemplaire : en quelques semaines, partout en France, nos activités se sont ajustées et adaptées pour assurer distanciation, désinfection, protection… Quel contraste avec les atermoiements des autorités sanitaires concernant l’usage des masques !


Pourtant ces mesures n’ont pas suffi, ni dans nos établissements ni dans le reste du pays : Aussi est-il temps de mettre au point la « saison 2 » de nos protocoles sanitaires. En particulier, il faut réfléchir à la stratégie d’utilisation des nouveaux tests rapides qui arrivent sur le marché : dans quelques mois, un test à 100% de tous nos clients, et chaque semaine de tous nos salariés ?


Une telle mesure semble radicale, mais son coût serait minime par rapport au désastre que représente la poursuite de l’épidémie. Le test systématique est la seule option pour ramener la confiance chez nos clients, mais surtout c’est le seul moyen pour identifier efficacement les personnes contagieuses dans tout le pays et enfin enrayer la propagation du virus.


Enfin, obtenons des pouvoirs publics les aides qui permettent de sauver notre industrie


Je salue sincèrement la vitesse et la pertinence de l’action de l’Etat pour aider nos entreprises au printemps 2020: activité partielle, suspension des cotisations, prêts garantis par l’Etat… cependant aujourd’hui, ce soutien semble s’essouffler – alors même que le virus, lui, a repris du mordant.


Notre secteur, particulièrement touché, n’a pas le luxe d’attendre des demi-mesures. Face a une crise de liquidité immédiate, qui touche en particulier les petits acteurs, nous n’avons pas besoin de plans d’investissement à 20 ans.


Retrouvons des idées simples, des idées d’entrepreneur : face à une baisse exceptionnelle mais temporaire du chiffre d’affaires, le problème c’est les couts fixes.

Pour ce qui est des salaires, le système de l’activité partielle doit être étendu, sur toute l’année 2021.


Nos deux autres couts fixes majeurs sont d’une part les loyers, d’autre part les crédits. Pour ces deux postes, le plus efficace, le plus fort, c’est une aide directe de l’Etat. Une aide simple, aidant directement à payer ces couts fixes, dans une proportion en rapport avec la baisse de chiffre d’affaires. Une telle mesure, ciblée sur le tourisme, serait lisible, forte, elle éviterait aussi les effets d’aubaine dont certains acteurs profitent actuellement, ou aux effets « guillotine » de mesures s’arrêtant net au-delà de tel ou tel seuil . Et au final, elle ne couterait pas forcément très cher à l’Etat, comparé aux cascades de dépôts de bilan et de plans sociaux en préparation.


Lucidité dans le diagnostic, audace et rapidité dans l’action : ces vertus qui ont été celles des entreprises du tourisme, et aussi celles des pouvoirs publics, dans la crise du printemps et de l’été dernier, doivent maintenant être remises à contribution pour soutenir la saison 2021. Ce n’est pas l’heure de ralentir les efforts !


Alain Calmé